Le panafricanisme honore ses héros

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La volonté de voir les africains unis et solidaires à la face du monde. La fierté d’être des fils et filles du berceau de l’humanité. La volonté de véhiculer les valeurs africaines partout où le besoin se fera sentir. Voici, entre autres, ce qui a guidé le combat d’une poignée d’hommes et de femmes pétris de courage et d’un esprit panafricaniste. Ils sont, entre autres, maliens, guinéens, cap-verdiens, tanzaniens, sud-africain, nigériens, sénégalais, burkinabè et issus de divers secteurs d’activités. Dans les périodes d’avant et d’après indépendances, tous ont milité pour le développement et le rayonnement du continent africain. Leurs œuvres sont reconnues dans les écrits d’un de leurs paires, le professeur agrégé en histoire, Joseph Ki-Zerbo. Le cinquantenaire du FESPACO est l’occasion pour la fondation dédiée à l’historien burkinabè de rendre un hommage à des militants des premières heures du panafricanisme. Le nigérien Abdou Moumouni Dioffo et Jeanne Martin Cissé de la Guinée sont de ceux-là.

Dans la principale salle d’exposition du musée national de Ouagadougou, des portraits ornent les murs. En noir et blanc, ces photographies sont celles de visages assez connus en Afrique et dans le reste du monde. On y retrouve des photos de l’écrivain Amadou Hampâté Ba. Les sénégalais Léopold Sédar Senghor et Cheikh Anta Diop sont, aussi, représenté. A leurs côtés, figurent des images du tanzanien Julius Nyéréré, d’Ahmadou Abdoullah Dicko de la Guinée, de Nelson Mandela de l’Afrique du sud, et de bien d’autres panafricanistes selon Joseph Ki-Zerbo.

Parmi ces portraits, on est tout de suite capté par la légende de celui d’Abdou Moumouni Dioffo : « homme de science, pionnier de l’énergie solaire au sahel, homme vrai, ignorant l’égoïsme, homme lié et ligoté au peuple … » Voilà comment Ki-Zerbo, décrit celui qui s’intéressait, déjà, à l’énergie solaire dans les années 1960. Né le 26 juin 1929 à Tessaoua au Niger, il est le premier africain à réussir l’agrégation en sciences physiques sous le régime colonial. Devenu dirigeant de l’office de l’énergie solaire du Niger, le visionnaire développe des prototypes afin d’améliorer le quotidien de ses compatriotes.

Des citoyens intéressés aux parcours de ces héros

Des fours solaires, des chauffe-eau solaires, des moteurs hydrauliques solaires, des moteurs thermodynamiques et d’autres matériaux fonctionnant à l’énergie solaire. Ces travaux lui valent d’être qualifié d’ « intellectuel organique » par Joseph Ki-Zerbo en ce sens qu’il a été utile à sa société, à son pays et à l’Afrique.

L’engagement d’Abdou Dioffo dans les énergies renouvelables est le prolongement de son engagement d’étudiant africaniste. Ce pionnier du solaire en Afrique est, en effet, un membre des étudiants du Rassemblement Démocratique Africain (RDA) et de l’assemblée de la Fédération des Etudiants d’Afrique Noire en France (FEANF).

Aux côtés d’autres intellectuels africains à l’image de Cheikh Anta Diop, Amadou Mahtar M’ Bow, Samir Amin et Joseph Ki-Zerbo lui-même, il milite pour l’établissement d’une Afrique fédérale, indépendante et unie. C’est pourquoi il s’acharne à maitriser la science, véritable outil de développement selon lui. C’est ainsi qu’il contribue, en 1980, au projet de création d’une Académie des Sciences en Afrique. Moumouni Abdou Dioffo est décédé le 7 avril 1991 à 62 ans. Plusieurs années après sa mort, ses travaux sur la nécessité des pays du sahel à utiliser l’énergie solaire sont toujours d’actualité. La majorité des pays ensoleillés sont, en effet, engagé dans un processus de construction de centrales solaires.

Plus loin dans cette immersion dans le monde des pionniers du panafricanisme, il y a le carré réservé aux femmes. A l’intention de ces dernières, Joseph Ki-Zerbo est, on ne peut plus clair. Il écrit : «  (…) L’eau c’est la vie. Honneur et gratitude aux femmes qui nous apportent l’eau après nous avoir donné la vie ; et qui, par-là, portent et supportent plus que la moitié de nos épreuves et de notre dignité !»

Parmi les héroïnes du panafricanisme représentées dans cette exposition figure la guinéenne Jeanne Martin Cissé. De cette femme politique, engagée pour la cause du continent africain, Joseph Ki-Zerbo retient sa contribution à la création d’une union des femmes africaines. Il affirme, dans son ouvrage ‘‘Femmes africaines, panafricanisme et renaissance africaine’’, que « Le développement d’un vaste réseau de femmes militant pour l’union était animé par des individualités fortes (notamment Jeanne Martin Cissé et Aoua Kéita -Mali-) mais aussi des mouvements féminins dans tout le continent. Une première convergence de leurs actions pour une union au niveau du continent trouva son expression dans la création de l’Union des Femmes de l’Ouest Afrricain (UFOA) en 1959. »

C’est ainsi qu’ayant tissé des relations à l’occasion de conférences et rencontres, il vient à l’idée des militantes de toute l’Afrique de concrétiser l’union des africaines à l’échelle du continent, explique l’auteur. Elles luttent pour l’indépendance et la décolonisation mais, aussi, contre la polygamie et les mutilations génitales féminines. Une première conférence de l’union est donc organisée par le président Tanzanien Julius Nyéréré, du 27 au 31juillet 1962.

En parallèle, Jeanne Martin Cissé gravit les échelons du Parti Démocratique de Guinée (PDG) et est élue députée au parlement en 1971. En 1972, elle est désignée au poste de représentante permanente de la Guinée aux Nations Unies et occupe le poste de présidente du conseil de sécurité de l’ONU. Elle devient, ainsi, la première femme à exercer cette présidence. Ministre des affaires sociales sous Sékou Touré, engagée pour l’éducation des filles, cette héroïne du panafricanisme est aussi engagée dans la lutte contre l’Apartheid. Jeanne Martin Cissé a posé de nombreuses actions pour l’union et le développement de l’Afrique. Né le 6 Avril 1926 à Kankan en Guinée Conakry, elle tire sa révérence le 21 février 2017. Elle avait, alors, 91 ans.

Samira Lydivine SAMANDOULGOU

Photographe: Germain KIEMTORE

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