Il était une fois à Ouaga, un ciné nommé Olympia

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A l’évocation du Ciné Olympia, la plupart des regards se tournent vers Ouaga 2000 ou Cissin où des salles de ce nom ont été construites il y a peu. Pourtant, cette appellation renvoie, pour les connaisseurs, à un des cinémas populaires des années 1960 et 1970 en plein cœur de Ouagadougou. Après avoir été surnommé ‘‘Simon’’ puis rebaptisé ‘‘Ciné Rialé’’, le ciné Olympia a été vendu voilà une dizaine d’années. Retour sur les traces d’une salle obscure devenue, de nos jours, un lieu de commerce.

Il est 15H10 minutes le jeudi 7 Février 2019 au grand marché de Ouagadougou. Le vacarme est à son comble. Des vendeurs ambulants se bousculent en présentant leurs marchandises. « Venez acheter nos marchandises, c’est moins cher », répètent-ils à tout va. Mais leur acheter un quelconque article n’est pas l’objectif du jour. Ils sont, plutôt, sollicités pour nous renseigner sur la situation géographique de la salle de ciné Olympia. Leur réponse est catégorique : « Nous ne connaissons pas de ciné Olympia dans cette zone il y a une ancienne salle de cinéma nommée Rialé. Allez devant vous renseigner.» Après plusieurs minutes de marche en se frayant un chemin parmi la foule et à l’aide d’indications, nous nous retrouvons devant un bâtiment à deux étages, non loin du ciné Burkina. Portables, vélos, accessoires audiovisuels et électroménagers, exposés, indiquent un commerce général. Les propriétaires des lieux, avec un accueil chaleureux, confirment l’existence de la salle. Hé oui ! Le ciné Olympia existe bel et bien ou, du moins, a existé. Mais il s’est transformé en une vaste boutique bien achalandée. Ces jeunes commerçants affirment n’avoir aucun souvenir lié à cette salle. « Nous savons que notre boutique a été un lieu de cinéma rien de plus » disent-ils.

Un homme, âgé d’environ soixante-dix ans, est attiré par notre présence. Préférant garder l’anonymat, il est cordonnier installé dans la zone depuis des années. Il explique avoir connu la salle il y a belle lurette. Elle était surnommée, autrefois, ‘‘Simon’’. « Ce prénom est celui d’une personnalité qui a beaucoup contribué à la promotion de la salle lorsqu’elle a vu le jour. Les riverains du ciné ont voulu rendre hommage à ce monsieur à travers ce surnom. » Précise le septuagénaire. Des séances de films Indou et karaté étaient programmées. La salle a fait sa popularité grâce aux éditions du FESPACO. Même des étrangers venaient y suivre des films. Les abords de la salle ont accueilli la rue marchande du festival. De plus, le coût des tickets était un attrait certain. L’entrée coutait 40 FCFA toutes les 3 séances. Au fil du temps, les prix ont augmenté. Par la suite les cinéphiles devaient débourser 60 F par séance. Lorsque la salle est devenue Rialé, les tickets se vendaient à 100F, 150F et 350F pour les places VIP. Le cinéma était, alors, plein à craquer. En effet, avec une capacité de 800 places, elle faisait 1900 entrées. « Je déplore le fait que ces salles (Oubri et Olympia) ont été privatisées. Nous avons eu un pincement au cœur. Ces salles ont égayé nos quotidiens. Elles étaient au centre-ville et depuis lors plus de trace qui prouve qu’il a existé une grande salle de ciné ici. » Regrette le cordonnier. Désemparé, il indique les boutiques à l’intérieur du bâtiment.

Zacharia GNEGNE est Président du Réseau des Administrateurs et Gestionnaire des Spectacles et de Cinéma du Burkina Faso. Chef de salle au moment de la Société Nationale d’Exploitation et de Distribution Cinématographique du Burkina Faso (SONACIB), il corrobore, plus tard, le témoignage du vieux cordonnier. Selon lui, la salle de ciné Olympia a existé depuis les années 1960. Après avoir évolué sous le nom de ‘‘Simon’’, elle sera rebaptisée ciné Rialé à la faveur de la nationalisation des salles d’exploitation cinématographiques dans la décennie 1970. A la même époque, le ciné Volta deviendra l’actuel Ciné Burkina. Cependant, des difficultés financières conduisent, en Janvier 2004, à la liquidation de la SONACIB entrainant la vente du ciné Rialé à une société privée. Ces difficultés ont atteint le moral des acteurs du cinéma. « Nous avons versé des larmes lorsqu’elle a été vendue. » a affirmé M. GNEGNE « Nous n’avons pas été prévoyants sinon nous aurions pu éviter la vente des salles de cinéma. » ajoute-t-il.

Il déplore, lui aussi, le fait que les salles soient désertées. «La majeure partie des salles de ciné sont quasi vides. Nous avons actuellement l’exemple palpable de la salle de ciné Wemtenga ».

Hydrogéologue et ancien cinéphile du ciné Olympia, Charlemagne Nombré raconte avec nostalgie ces bons moments passés en regardant un film dans cette salle. Les films étaient programmés tous les soirs, explique-t-il. Les cinéphiles se bousculaient à l’entrée de la salle. Après chaque séance de film, une bande passante annonçait déjà le prochain film. Et c’était une forme de motivation pour les cinéphiles. « J’aimais bien cette époque parce que les gens s’intéressaient bien au cinéma, le cinéma faisait partie de nos distractions quotidienne.», souligne-t-il. La salle du ciné Olympia bien qu’elle n’existe plus, reste, quand-même, gravée dans la mémoire des cinéphiles de l’époque, mais pour combien de temps encore ?

Laetitia BAYALA

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