Xolile Tshabalala, productrice et actrice principale, en parle

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Jean-Pierre Bekolo est de retour avec un long métrage intitulé « Les armes miraculeuses ». Le film raconte l’histoire d’un homme (incarné par Emile Abossolo M’Bo) qui, depuis le couloir de la mort, se retrouve au milieu de trois femmes. En chacune d’elle, il espère trouver la voie de sa liberté. En compétition pour l’Etalon d’or de Yennega au FESPACO 2019, le dernier né du réalisateur camerounais était porté par son actrice principale épouse du condamné à mort, Xolile Tshabalala. Egalement, productrice du film entièrement tourné en Afrique du Sud, elle se livre sur cette expérience cinématographique et humaine à la fois.

AP : Comment vous êtes-vous retrouvée dans le projet de ce film ?

Xolile Tshabalala : Quand j’ai vu le scénario, j’ai, immédiatement, compris qu’il est question d’un thème dont il fallait parler parce que la peine de mort est un sujet très peu abordé dans les films en Afrique. De plus, l’histoire était belle et je me suis dit que je devais le produire.

AP : Et en tant qu’actrice, qu’est-ce qui vous a intéressé ?

Xolile Tshabalala : C’est voir comment trois femmes s’intéressent à un seul homme qui a, le plus, attiré mon attention. On sait que la polygamie est assez répandue en Afrique et cela m’intéressait de comprendre, un peu, comment fonctionne ce cercle. J’ai toujours pensé que c’est dur pour une femme de savoir que son mari a des concubines. J’étais curieuse de savoir pourquoi et comment certaines femmes peuvent accepter cela. Je voulais appréhender le ressenti qu’elles peuvent avoir.

AP : Et que retenez-nous donc de ce film, en tant qu’expérience ?

Xolile Tshabalala : Je me suislaissé penser que c’est triste qu’une femme se retrouve dans une telle position. Je me suis aperçue que, très souvent, les femmes se retrouvent dans des situations difficiles et elles ne savent que faire. C’est dommage. Mais, je me dis que je n’aimerais pas savoir que mon mari est avec une autre parce que, forcément, les intérêts divergeront. Etre dans la peau du personnage de Leseli m’a, donc, permis d’essayer de mieux cerner cette sorte de relation, surtout d’un point de vue psychologique.

AP : Tout en évoquant la peine de mort, le film parle aussi de poésie, de négritude, pourquoi autant de problématiques ?

Xolile Tshabalala : Je pense que c’est un film qui met plus l’accent sur la liberté individuelle. Il est question de savoir si on est conscient de qui on est en tant qu’africain. Il parle de liberté, raison pour laquelle il a été tourné à Free State. Je pense qu’on se dit libre, alors qu’on ne l’est pas. Si on n’est pas, physiquement, en prison à cause de ses opinions ou autres, on est mentalement prisonnier. Et pour moi, c’est le cas de l’épouse. Elle est captive parce qu’elle reste avec un homme qui ne l’aime plus. Elle le sait parfaitement, mais elle s’accroche quand-même. Il s’agit bien, là, de sa liberté à elle. Mais elle ne l’a pas.

AP : Une réplique du film dit que la peau est une prison. Qu’est-ce que cela veut dire ? (Que nous sommes, tous, prisonniers d’une certaine manière?)

Xolile Tshabalala : Nous le sommes tous et spécialement les femmes, comme le montre le film. Pour moi, Free State signifie liberté mais, là-bas, personne n’est réellement libre. Du fait de la peau noire, en quelque sorte, on est prisonnier. Et cette femme n’est pas libre à Free State, surtout mentalement parce que son mari est enfermé. Elle tente de le libérer tout en sachant qu’il n’est plus (uniquement) à elle. Donc, chacun est, quelque part, prisonnier de par sa faute. Et, peut-être, la seule personne qui est vraiment libre c’est Djamal quand il meurt.

AP : Vous êtes au FESPACO, pour la première fois, avec un film en tant qu’actrice et productrice, comment vivez-vous l’évènement ? Qu’en espérez-vous ?

Xolile Tshabalala : Je suis heureuse d’être à Ouagadougou. C’est émouvant et stressant, à la fois, pour moi. C’est une première dans ce festival et je ne sais pas comment le film sera reçu. J’appréhende la réaction des gens. J’attends juste de voir.

Interview réalisé par Annick Rachel KANDOLO

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